La corruption du système médical français.
Témoignage, analyse, réflexions.
Quand on redécouvre la lune.
Allez savoir pourquoi, l’affaire du médiator explose maintenant dans les média et les contre feu politiques et médicaux sortent du bois, toute réprobation brandies, toutes vertus affichées, toutes imprécations lancées contre « des dysfonctionnements graves » qui ne doivent plus se reproduire parole de ministre, d’expert et de responsable de tout poil réunis, d’ailleurs on va bien vite savoir puisque de toute urgence, une commission d’enquête parlementaire a été créé et on pourra immanquablement connaître les dysfonctionnements du système et les corriger.
La presse disserte sur les « responsables »,( présumés pour l’instant,) d’où émerge les collusions du pouvoir et des autorités sanitaires avec le laboratoire Servier, second laboratoire français après Sanofi, que dirige encore un vieillard de 88 ans, c’est-à-dire susceptible de changer de main sous peu. Je ne suis pas expert en manipulation du cours des héritages, mais d’autres suivront la chose avec attention. Je constate seulement que l’opinion suit la version officielle qui conclura à quelques dysfonctionnements voire à dépister quelques brebis galleuses dans la bergerie pour intenter un procès exemplaire contre une personne anonyme ou décédée. (mission d’enquête parlementaire)
Je ne voudrais pas minimiser le mérite de ma consoeur Irène Frachon, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a bien longtemps que la chose était connue et que des pointures financières d’une toute autre envergure, n’avaient pas aboutit. Le Médiator est resté sur le marché 33 ans, soit un tiers de siècle, succédant au Pondéral et à l’Isoméride, du même laboratoire, retirés du commerce partout dans le monde et dont il était tout proche. J’ai toujours su que c’était une amphétamine assimilée puisqu’il m’avait été présenté comme tel, non par le laboratoire, mais par mon professeur de thérapeutique de l’époque.
Comme cardiologue, je n’avais pas à prescrire ce type de produit, mais il m’arrivait d’en signaler le danger à mes correspondants quand je le trouvais dans la liste des médicaments des malades qu’ils m’adressaient en consultation. Le risque de valvulopathie avec ce produit n’était pas très documenté mais celui – rare – d’hypertension artériel pulmonaire était associé aux coupe-faims amphétaminés.(L’appellation chimique « benfluorex » contient le suffixe orex, pour coupe faim). Bien entendu, je me réjouis qu’un de ces nombreux produits inutiles et toxiques soit retiré du commerce aujourd’hui, mais je vois bien qu’on se dirige comme d’habitude vers la recherche de quelques sorcières dont on voudra nous faire croire que l’élimination assainira le système qui retrouvera alors une transparence qu’il n’a encore jamais eu. En réalité, la gravité du scandale n’est pas ce que l’on croit. Le Mediator n’est que la partie immergée de l’Iceberg. 500 à 2000 morts dites-vous ? Sur 33 ans ? Vous ignorez à ce point combien les médicaments tuent ? Que les malheureuses victimes du Mediator m’excusent, mais moi je vois la mort au quotidien, et si chaque cas est toujours vécu comme un échec, les 100 hospitalisations annuelles que la CNAM imputent au Mediator me paraissent bien peu de choses au regard des 300 000 hospitalisations annuelles qui sont dues aux médicaments. 0,3‰, c’est ce qu’on estime être un risque négligeable dans l’évaluation de nos études sur les médicaments ! D’ailleurs, moi qui suis cardiologue à plein temps depuis plus de 30 ans, je n’ai jamais été capable de rapporter une seule valvulopathie, mon pain quotidien, au médiator. Suis-je donc à ce point incompétent ? Elles existent, c’est indéniable, et j’en ai peut-être observé sans en diagnostiquer la cause, perdue qu’elle était parmi toutes les conjectures possibles dont le diagnostic paraissait secondaire au malade et pour tout dire à moi-même, en regard du pronostic et du traitement. Je plaide donc coupable, mais ce qui m’étonne c’est qu’on continue à penser que les iceberg flottent à la surface de l’eau, comme les fantômes et les nuages, et que l’éternuement de la classe médiatico-medico-politique va dissiper tout ça !
La partie immergée de l’Iceberg.
On ressort maintenant que le mediator succédait au Pondéral (1981) et à l’Isoméride (1985), tous deux retirés du commerce en 97, contrairement au Mediator, qui aurait affecté 300 000 personnes en 2006. Faisons une estimation à la louche, la seule qui soit à notre portée: en 33 ans, on va dire que les 200 morts sont issus d’une diffusion du poison de l’ ordre d’un million de personne-années.
Rien que l’Isomeride, entre 85 et 97, aurait concerné 10 millions de personnes. Comme il était au moins aussi toxique, ça nous fait 10 fois plus de mort, soit environ 20 000 morts. Vous en avez entendu parlé vous ?
Là encore sévissent de nombreuses idées fausses. Par exemple, que les morts ça se voit. Dans les études, c’est en effet le seul critère qui ne soit pas contestable : On peut discuter de n’importe quel diagnostic et même de quoi on est mort, mais pas « si on est mort ». C’est malheureusement un événement ultime extrêmement banal en médecine, voire dans la vie courante qu’il n’est pas toujours facile à rapporter à une unique cause puisqu’en fait, elle est constamment le solde de toute vie. En pratique, rien n’est plus difficile à démontrer quel médicament vous a tué et rarement quelqu’un cherche à le faire vraiment (hormis bien entendu les crimes et les affaires spéciales).
Ce qui est sûr, c’est que les poison tuent, que les médicament sont avant tout des poisons sélectionnés pour conjurer un mal. Tous les médicaments, tous, sont des poisons en puissance : même les vitamines et autres suppléments prétendument miracles deviennent toxiques quand on s’écarte de l’équilibre que réclame notre physiologie ! Le médicament n’a qu’une indication : la maladie.
Mais la maladie n’est pas rentable car elle est l’exception et le plus souvent, on en guérit ou on en meurt ! Ce qui est rentable, c’est la prévention car tout humain en est candidat. Or on peut fantasmer sans limites sur les complications possibles de l’obésité, de l’hypertension artérielle, des surcharges métaboliques en tous genre et des virus qui viennent gripper nos hivers, personne ne nous reprochera d’avoir fait le maximum, tout en sachant que si on en meurt, c’est en tous cas pas faute de n’avoir pas essayé. Malgré le tsunami qui secoue actuellement le laboratoire Servier, les laboratoires pharmaceutiques jouent sur du velours : Ils ont beau jeu de dire que leurs produits ne sont pas dangereux : Tous comme ceux du médiators, les morts sont quasiment indécelables s’ils faut les rapporter à leur cause iatrogène. Surtout si on ne les recherche pas ! Et qui dit iatrogène dit prescripteur. Quel médecin irait reprocher à un confrère de bonne foi (et tous le sont dans les circonstances dramatiques d’une fin de vie), d’avoir fait ce qu’il a fait, même s’il s’est trompé, même s’il en a fait trop, ou pas assez.
L’exemple des hypolipémiants :
Les fabricants de statines, qui savent que leurs produits sont toxiques, pérorent sur cet argument : « Si les statines étaient si toxiques que ça, avec la quantité farmineuse qui a été prescrite toutes populations confondues, on en verrait bien les complications ! »
Et bien non, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif et vous ne ferez pas dire à un cardiologue intoxiqué par la propagande des laboratoires et des universitaires à leur solde, que son malade est mort d’insuffisance cardiaque après les fortes doses de statines qu’il lui a donné après son infarctus. Il ne le croira pas ! Il sait bien entendu que toutes les statines sont potentiellement toxiques sur les muscles et peuvent donner des rhabdomyolyses mortelles comme celles qui ont fait retirer du commerce la célèbre Cérivastatine. Il sait bien entendu que le cœur est un muscle, mais justement les signaux respectifs de souffrance musculaire périphériques et cardiaque sont différents et il ne peut concevoir que la souffrance d’un organe puisse se présenter sans les signaux officiellement validés par des experts ! Les ruptures tendineuses dues aux statines ne donnent pas de signaux métaboliques, c’est vrai, mais nous parlions des muscles, ne mélangeons pas tout et tous les experts vous diront que les statines c’est toujours bon pour le cœur !
Sauf que l’études SEAS montre pourtant que dans l’insuffisance cardiaque c’est le contraire ? Mais qui le sait ? Les études qui dérangent sont peu médiatisées. Quand une étude est jugée « paradoxale », on convient qu’il faille attendre qu’elle soit confirmée et on se garde bien de refaire la même erreur en lançant une étude risquant d’ébranler le dogme qui a fait tant de fortunes. Il existe en médecine une incroyable inversion des valeurs. Le principe fondamental aurait du rester pour tout médecin : « avant tout, ne pas nuire !» Mais au lieu de ça, quand un produit a reçu une AMM, le principe de précaution disparaît et on nous fait croire que l’éthique serait d’appliquer aux poisons chimiques les principes des droits de l’homme ! On ne saurait suspecter une molécule de tuer sur la foi d’une simple étude « qui n’a pas était faite dans ce but », mais a malencontreusement démontré une toxicité (immédiatement attribuée au hasard), jusqu’à preuve du contraire ! La preuve du contraire vient en général sous forme d’une méta analyse où les effets pervers sont noyés dans des populations inhomogènes où soigneusement choisies et on est prié de parler d’autre chose. Les études randomisées ne referont pas la même erreur de casting et demanderaient des années et des investissements importants que personne ne fera jamais. C’est ainsi que la charge de la preuve est transféré aux malades, pour le plus grand profit des laboratoires qui n’ont pas de grands soucis à se faire, même si tout à fait exceptionnellement, il se trouve une Irène Franchon.
A vrai dire l’étude JUPITER était en passe de montrer la même chose : « Plus de morts par infarctus sous statine », mais elle a été opportunément arrêtée avant la moitié du terme prévu « pour trop bons résultats », et de ce fait on n’atteignait pas le seuil de significativité ! Ouf, on l’a échappé belle. Le Crestor a donc entamé une belle carrière !
Et bien non, on ne verra jamais les complications de ces poisons inutiles parce qu’on ne veut pas les détecter. Restons par exemple sur les statines. Il est plutôt facile d’entretenir une clientèle qui veut faire baisser son cholestérol, alors même que les marchands de Yaourt font votre publicité et font croire que le cholestérol est un déchet métabolique, à l’image de l’acide urique qui se dépose dans les articulations pour donner des crises de goutte. Le cholestérol, lui se dépose dans les artères pour les boucher ! Tout le monde peut comprendre ce message absurde parce qu’il est simple. La ménagère de moins de 50ans a aussi parfois des problèmes de lavabo !
Mais le vivant est complexe et le cholestérol, au même titre que le glucose qui fournit notre énergie ou les acides aminés qui construisent nos protéines, n’est pas le déchet métabolique qui bouchent nos artères comme on voudrait nous le faire croire, mais une molécule de synthèse, molécule noble s’il en est. Elle est indispensable à la fabrication de toutes sortes de structures essentielles à la survie de notre organisme, dont les hormones (par exemple les stérols), les sels biliaires et plus généralement à la construction de toutes les cellules dont elle est un élément constitutif obligé pour la structuration des membranes cellulaires. Pensez aux innombrables cellules de défense dont notre organisme a besoin pour se défendre contre les agressions en tout genre et même les cancers, pensez aux cellules du cerveaux, dont la constitution lipidique a de plus en plus de mal à se maintenir quand on avance en age !
Voilà plus de trente ans qu’on a découvert des médicaments capables de faire baisser le taux des graisses dans le sang et qu’on a décrété qu’ils soignaient une maladie courante qui n’existait pas auparavant. Ces médicaments (les fibrates), ont tous montré qu’ils aggravaient le pronostic des malades qu’on soignait, mais ils existent toujours, avec des recommandations de prudence incohérentes, comme en ont le secret les experts corrompus qui sévissent partout. Mais le relais a été pris par les statines, dont la première étude, HPS, était spectaculaire, sauf qu’elle n’a jamais pu être reproduite depuis, et que le laboratoire qui l’avait menée a été pris la main dans le sac quelques années après avec le scandales du Viox qui montrait combien la culture de la fraude et du secret était répandue dans l’entreprise, jetant définitivement la suspicion sur une étude trop favorable qu’aucune autre n’a pu confirmer. Mais si une étude qui dérange est vite mise au placard en attendant la contre preuve, il n’en est pas de même d’une étude favorable qui devient ipso facto la référence fondamentale.
Faisons ici une remarque sur nos mœurs : La présomption d’innocence est une règle fondamentale des Sociétés démocratiques pour protéger les individus des dangers que leur feraient courir des jugements hâtifs alors que les apparences sont parfois trompeuses. C’est une règle de société ! Ce n’est pas un outil scientifique ! Au contraire, les scientifiques ont la démarche inverse : une présomption de culpabilité en quelque sorte, sur toute hypothèse qui ne peut jamais être acceptée comme vraie que provisoirement et jusqu’à preuve du contraire. Il en résulte pour les médicaments, que toute étude favorable n’est qu’un satisfecit qui permet de continuer, mais que n’avoir pas décelé de graves inconvénients dans des conditions de l’étude n’exclue pas qu’il puisse y en avoir dans d’autres.
A l’inverse, quand une étude bien conduite conclue à un danger, elle n’a pas à être confirmée par une autre étude qu’on aura concocté pour démontrer le contraire ou par une méta analyse noyant le poisson. Il y a danger, et il faut le dire pour en tenir compte.
Au lieu de ça, les laboratoires font valoir que toute étude statistique comporte une petite probabilité pour que le résultat soit du au hasard et ne résulte pas d’une loi. Chez nos universitaires médecins, dont la formation scientifique n’est qu’un vernis de salon, il est difficile de faire la part de ce qui revient à la mauvaise foi et à l’incompétence, mais les deux se conjuguent le plus souvent. Même les observateurs qui n’entendent rien aux statistiques peuvent s’étonner que les mauvais résultats soient toujours dus au hasard, les résultats négatifs attribués à une puissance insuffisante de l’étude, mais les résultats favorables sont présentés comme un acquis définitif de la médecine et de la science sur lesquels on ne saurait revenir (sauf si on avait des preuve sérieuses avec des morts dûment démontrés dans une étude randomisée que personne n’a les moyens de faire).
Il faut comprendre encore en effet combien les études sont intégralement contrôlées par les financiers qui ont la main mise sur tous les rouages des études, dans le but justement de ne pas arriver au seuil de significativité des paramètres qui dérangent. (Trop de mort par exemple). Il suffit alors d’arrêter l’étude à temps, pour des raisons prétendument éthiques en général, si on n’a pas eu l’adresse de choisir une population sans surprise
.
Qu’en est-il en fait de l’intervention du hasard dans le résultat des études ?
Il est toujours présent dans les sciences humaines et la statistique ne peut déterminer qu’une probable vérité. L’avantage est qu’elle quantifie cette probabilité et l’usage a consacré le seuil de 5% pour convenir de ce qu’on considérait comme (provisoirement) acquis (moins de 5% de chances que ce soit du au hasard) et qu’on ne retiendrait pas comme significatif les évènements entachés d’un risque d’erreur supérieur.
On voit donc qu’on peut toujours discuter des conventions quand ça nous arrange et veiller à ne pas dépasser les seuils fatidiques quand ils dérangent. Toute étude peut être suspectée d’avoir été favorisée ou défavorisée par le hasard, malgré les marges conventionnelles, mais elles le sont généralement pour de mauvaises raisons.
Ainsi par exemple, de nombreuses études sur les produits abaissant le cholestérol font apparaître une augmentation de la survenue de nouveaux cancers. On aurait pu penser que ces produits étaient cancérigènes, mais la durée des études étaient trop brèves pour que puisse s’exprimer en si peu de temps une action directement cancérigène. (Les cancers dus à l’amiante par exemple surviennent 15, 25 et même 50 ans après l’exposition pour la plèvre) De plus, les hypolipémiants étudiés étaient de structure chimique très différentes : Fibrates, Statines, Ezetimide. La raison qui s’impose à tout médecin observateur honnête, est d’une grande simplicité : Les cancers sont issus d’erreurs dans le déroulement du métabolisme de nos cellules qui perdent certaines propriétés telle l’inhibition de contact et se mettent à se multiplier sans limite. Or les erreurs sont permanentes et nous avons besoin en permanence de mécanismes de régulation qui éliminent les cellules déviantes dont la prolifération submergerait l’organisme. Pour les raisons que j’ai expliqué plus haut, le cholestérol est un élément fondamental de la construction de nos défenses, hormones et cellules immunitaires, et on comprend bien que son abaissement artificiel (c’est-à-dire non induit par une adaptation du métabolisme mais par un poison chimique), entraîne des défaillances de ces défenses.
Alors que cette explication (qui n’est qu’une hypothèse) s’impose à tout bon médecin, les charlatans payés par les labos préfèrent nous dire que la survenue des cancers dans les études sont dues au hasard sans que personne ne proteste !
En réalité, l’argument ne serait encore possible que pour une étude, bien que bien souvent, cet effet qu’on ne voulait pas démonter dans l’étude s’invite avec un degré de significativité bien supérieur aux 5% fatidiques, souvent de l’ordre de 1% seulement de risque d’erreur. Mais ce qu’oublient de dire ces faux scientifiques, c’est que quand deux études indépendantes démontrent la même chose, le risque d’ereur diminue de façon multiplicative : Ainsi, deux études randomisées et indépendantes, donnant chacune un risque de fausse conclusion de 1%, ne comportent plus à elle deux qu’un risque de se tromper de un sur 10 000 .Qquant il y en a trois, le risque d’erreur n’est que de une sur un million. Mais les laboratoires ne se soucient pas des données de la science : Il savent combien sont crédules et manipulables des médecins qu’on gave de données sans qu’ils aient les outils pour les interpréter, ils savent qu’on ne demande qu’à croire à ce qu’on a toujours dit. Personne n’aime se démentir, surtout les ignorants prétentieux qui parlent avec autorité de ce qu’ils ne comprennent pas. Je le répète ici, les médecins, fussent-il professeurs chef de service, ne sont pas des scientifiques et ils ne font que répéter comme des perroquets ce que leur ont expliqué les scientifiques des laboratoires. Les autres, ceux à qui on n’a rien expliqué ne vont sûrement pas les contre dire car le galimatias qu’ils emploient les fait passer pour des références scientifiques. C’est ainsi que toute la communauté cardiologique vous explique que le laboratoire qui a prouvé sans le vouloir que son produit augmentait les cancers a tout de suite diligenté une « méta analyse » regroupant de nombreuses études de ce produit qui heureusement ne confirmait pas cette alerte laquelle ne peut donc être due qu’au hasard !
Et tout le monde est rassuré.
En réalité, n’est pas une, deux ou trois études randomisées qui sont génantes, mais de multiples, plus ou moins significatives individuellement malgré les précautions prises par les expérimentateurs, et la répétition des preuves ne laisse plus de place au doute. Il s’agit quasiment d’une certitude scientifique, à cela près qu’elle est niée par toute une communauté qui a la main mise sur la communication médicale et où se mêlent industriels corrupteurs et médecins corrompus dont les liens incestueux complexes vont infiniment plus loin que les prestations financières dont on parle surtout parce qu’elles sont les plus faciles à observer. Oui, vous avez bien lu, le mariage d’une représentante de laboratoire avec un médecins prescripteur est le symbole combien fréquent que le système de corruption est parfaitement fonctionnel.
Je ne veux pas entrer dans la polémique sur les statines qui n’a d’intérêt ici que pour servir d’anecdote et d’illustration afin de décrire la profondeur du mal. On pourrait trouver tous les détails possibles sur le site du docteur De Lorgeril, cardiologue et chercheur très féru du problème sur lequel il a écrit deux livres techniques, mais à contre courant de la pensée officielle sponsorisée par les marchands. Je l’ai aussi cité dans mon blog (Cardioblog.fr)
Cependant mon activité professionnelle est très différente de la sienne. Lui est chercheur alors que je suis resté exclusivement un consultant. Il peut dire ce qu’il découvre, ce qu’il voit, ce qu’il pense, sans qu’on ne puisse rien sur lui, sauf à le faire passer comme un original peu sérieux, comme cette lettre du président de la société française de cardiologie dans Le Monde, en réponse à une interview au sujet de son premier livre. Le titre de l’intervenant officiel montre bien qu’il fallait faire jouer l’argument d’autorité. Mais il aurait été intéressant de citer en annexe, comme la loi l’a imposé plus tard, quels étaient les conflit d’intérêt de ce cher professeur avec les laboratoires qu’il défendait ainsi implicitement !
Je suis moi aussi un original. Involontairement, mais parce qu’il s’est trouvé que j’avais déjà une formation scientifique avant que je ne décide d’apprendre la médecine. J’ai donc vu l’envers du décors et depuis le début. Peut-être qu’un jour j’en ferai un livre…édifiant.
L’histoire de mon blog aussi est symptomatique de la mutation de la médecine. Par deux fois auparavant, j’avais dû recourir à une publication personnelle pour pouvoir exprimer ce que personne ne voulais entendre. La première fois, pour mettre en garde nos chirurgiens locaux contre une folie qui nous venait d’Amérique et qui revendiquait des résultats séduisants sur des insuffisance cardiaques avancée, moyennant une opération de réalisation technique facile (L’opération de Batista). J’avais proposé sans succès mon court article à une revue de cardiologie où il avait été refusé. Il n’y avait pas encore Internet dans tous les cabinets et j’ai du faire une quarantaine de copies de mon article pour l’envoyer à tous les cardiologues et les chirurgiens cardiaques de la Réunion qui s’enthousiasmaient pour ce projet. A défaut de convaincre tout le monde (beaucoup de mes confrères m’ont avoué qu’ils n’y avaient rien compris et s’étaient arrêtés à la vue des premières équations (niveau bac), mais j’ai ébranlé les certitudes et les chirurgiens ont remis sine die leur projet. Par contre, tous les centres universitaires français où un quelconque Lucky Luke du bistouri s’est mis en tête de s’attirer des honneurs par une opération où il fallait tirer le premier, ont commencé à opérer de cette manière avec des résultats de 100% d’échecs, mais que des tricheries de présentation ont pu un temps camoufler. Dix ans plus tard, la société européenne de cardiologie a enfin déconseillé l’opération (combien de morts ? Je ne sais pas Irène). Et alors que je n’y pensais plus, le chirurgien qui avait voulu lancer l’affaire m’a remercié publiquement d’avoir épargné à leur équipe les désillusions qui avaient endeuillé les centres métropolitains.
Cette histoire illustre bien comme il est difficile de convaincre hors des circuits officiels dans la mesure où les praticiens sont aussi des naïfs facilement enthousiastes pour toute démarche qui favorise leur commerce.
C’est la même démarche de nécessité qui m’a fait utiliser Internet : encore un projet des chirurgiens, un autre cependant, mais tout aussi bouillant, avait convaincu l’équipe de BellePierre de monter un centre de greffes cardiaque à la Réunion. Pourquoi pas disaient les cardiologues, l’éloignement est un handicap pour nos malades. Pourquoi pas disait le chef de service, nous sauront faire, ce n’est qu’une question de volonté politique. Pourquoi pas disaient les directeurs d’hopitaux qui pensaient prendre du galon, si on nous donne les subvensions digne du projet, nous saurons les dépenser. Moi qui ne suis que cardiologue, je pensais au contraire que c’était une fausse bonne idée, que nos malades n’étaient pas défavorisés loin de là et que ce projet allait être un fiasco médical et financier. J’ai demandé à faire un débat contradictoire avec le chirurgien, mais sans succès. J’ai donc créé un site internet sur le seul thème : Faut-il créer un centre de greffe cardiaque à la Réunion ? Ce site existe toujours, vous pouvez le consultez. J’ai pu expliquer en détail les implications d’un tel centre et pourquoi je pensais qu’il ne fallait surtout pas le faire. J’ai pu recueillir aussi quelques avis contraires et y répondre. A ce jour, je n’entend plus parler de ce projet, mais je ne suis pas sûr qu’il ait été totalement abandonné au moins dans certains esprits. Les chirurgiens ne m’ont pas remercié de mon avis, loin de là, et je crois au contraire qu’ils me gardent une certaine rancune, bien que nos rapports professionnels restent sereins.
La création de mon blog s’est imposé pour les mêmes raisons : Ou bien je devais faire comme tout le monde, même quand je n’en pensais rien, ou bien je devais expliquer les raisons fortes qui motivaient mes désaccords au vu et su d’une communauté que je défiait de me contre dire.
Ce ne sont pas les individus qui pervertissent le système, c’est la perversion du système qui promeut la corruption.
J’observe le milieu médical de l’intérieur et je vois bien qu’il est impossible que les choses changent si l’on ne change pas les règles.
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’un système corrompu génère de lui-même son lot d’imposture et de complicités et ceci indépendamment de la vertu des hommes en place (qui est toujours identique quelque soit le milieu, à la dispersion statistique près). Il s’y glisse toujours des gens de bonne foi que ça arrange, parce que c’est propre à la nature humaine. Pourquoi croyez vous que les laboratoires d’analyse médicale se sont mis à reproduire les recommandations de l’affsaps sur les taux de cholestérols à ne pas dépasser ? Parce que ça les arrange bougrement que le malade prenne à la lettre ces recommandations peu recommandables, si son médecin n’insiste pas assez pour qu’il vienne faire ce dosage régulièrement ! Inutile pour le malade, mais pas pour tout le monte. Mais si le pharmacien, le médecin, le cardiologue, tout le monde vous le dit ! Comment ne les croiriez vous pas ? La prescription de statines est devenu dans les hôpitaux, un réflexe pavlovien. On voit des compte rendu de ce type : « Il n’y avait pas de statine dans le traitement, j’ai donc prescrit du X. » Ainsi l’interne de service est persuadé d’avoir fait œuvre utile et on ne peut même pas lui reprocher de n’avoir pas suivi les conseils de ses maîtres. Comme je le disais plus haut, le système marche pour lui-même, pour sa croissance et sa survie : Prescrire une statine pour rien pendant 15 ou 20 ans, quand on n’en meurt pas, génère au moins d’autres maladies chroniques qui font marcher le commerce : Myopathies, ruptures tendineuses, rhumatismes, baisse des défenses immunitaires, toutes ces pathologies n’ont rien d’exceptionnelles et seront toujours attribuées à l’age et au travail. Et en définitive, à part le malade qui n’en sait rien, qui s’en plaindrait ?
Je partage donc l’opinion du collectif Formindep : « il y aura d’autre médiator » ! Il y en a même déjà, et la naïveté de notre héroïne Irène Frachon, m’inquiète plutôt. Ah bon, ces messieux de l’afsapps ne l’ont pas reçue facilement ? Ah bon Xavier Bertrand, lui, le brave homme l’a vite reçu et ne savait rien ? Mais n’était-il pas chargé de l’assurance maladie en 2004 et 2005 dans le gouvernement Raffarin ? N’a t’il pas remplacé Philippe Douste Blazy comme ministre de la santé de 2005 à 2007 ? et Douste Blazy, dont le père enseignait la biologie, il savait pas que le médiator était une amphétamine ? Et Bernard Kouchner non plus ? Et l’insoupçonnable Martin Hirsh ? Et Nora Bera ?
Ils ne savaient pas, ils le disent tous, et globalement on peut les croire. Du reste, qu’ils soient honnêtes ou cupides n’est pas le problème ! Le problème, c’est que ce n’est pas le ministre qui décide ni personne individuellement. C’est le système qui est corrompu. Un système suit les lois qui lui sont propres. Il marche pour son propre compte, ne dépend pas des hommes, ou très peu. Vous pouvez changez de ministre, mais l’autre ne fera pas mieux s’il ne change pas les règles car c’est bien le système qu’il faut changer.
Voyez en politique : Montesquieu a planché pendant 20 ans sur son livre « L’esprit des lois » publié en 1748 à Genève, pour faire comprendre au monde qu’un état libéral avait obligation de séparer les trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire ! on sait formellement depuis que toute mixité de ces trois pouvoirs aboutit à des abus de pouvoir, à la dictature.
La médecine est devenu un enjeu majeur de nos sociétés. La compétence de guérir est un nouveau pouvoir que les peuples plébiscitent car chacun sait qu’une partie au moins de sa vie et de celle de ses proches dépendra de cette science. La santé n’a pas de prix dit le proverbe. Elle a un coût cependant et comporte des risques. Le problème, en France du moins, c’est que le coût est transparent, payé par la communauté, et semble pouvoir s’étirer à l’infini pour peu que l’on négocie habilement avec les pouvoirs politiques et les prescripteurs et que chacun y trouve son compte. Un système corrompu, c’est ça ! Il n’y a pas de contre-pouvoir parce que tous les acteurs ont intérêt vendre toujours plus de soins.
Ce système est typique de ce qui arrive quand on fait de la politique à partir des dogmes irréalistes que colporte notre société, concernant la nature humaine. Boileau disait : "Dieu rit de ceux qui déplorent les conséquences dont ils chérissent les causes ». La plupart des acteurs s’indignent déjà des manquements de tel expert ou de tel ministre. On aimerait en effet que chacun soit sans reproche. Mais on pourrait chercher des hommes parfaits pendant des siècles. Il vaudrait mieux imaginer un système qui tienne compte de leur vrai nature…humaine.
Le livre récent de Martin Hirsh, « Pour en finir avec les conflits d’intérêt » fait montre d’une certaine lucidité en soulignant combien les règles sont essentielles dans toute organisation sociale alors que les profiteurs outragés brandissent leur vertu qui serait insoupçonnable. Comme toute vérité qui dérange, le livre n’a pas manqué de soulever la vindicte méprisable de quelques députés où l’on retrouvait de façon exemplaire, deux fils à papa imbus de leur héritage, mais dont la suffisance ne masque pas la médiocrité.
. J’ai beaucoup de respect pour Martin Hirsh que je ne connaît pas personnellement, mais dont j’admire le parcours : Normale Sup, Ena, Communauté d’Emmaüs ! Mais en lisant son livre, je suis tombé des nues : Il émet un satisfecit sur les experts médicaux pour lesquels, une loi est sortie, (contrairement à bien d’autre profession), les obligeant à déclarer leur conflit d’intérêt ! Le scandale était tellement criant, qu’il fallait une loi en effet, que les intéressés ont sans doute concoctée pour les politiques tellement elle est ridicule d’inefficacité. Comme le disait un conférencier venu à Maurice dans un hôtel quatre étoile pour nous parler savamment d’un médicament (et accessoirement des travaux qu’il avait mené) : « Des conflits d’intérêt, nous en avons tous ! Vous voyez bien, c’est le laboratoire X qui m’a permit de venir ici aujourd’hui. » Et il a commencé son exposé évidemment très complaisant pour le labo qui avait invité également tous les cardiologues de l’assistance. Qui peut croire que la déclaration des conflits d’intérêt (que tout le monde a) ait un quelconque effet dissuasif pour raconter des salades sous l’apparence de la plus objective des présentations ?
Comme disent périodiquement tous les hommes politiques qui briguent un mandat, « il est temps maintenant de dire la vérité aux français ». Moi qui ne brigue aucun mandat, c’est pourtant ce que je vais m’efforcer de faire.
Les règles incontournables.
Avant tout, il faut bien être conscient d’une chose : Le médecin vit par et grâce aux malades. S’il n’y avait pas de malades, il n’y aurait pas besoin de médecins et en tout cas, ils seraient très mal payés. Qu’on le veuille ou non, que ça nous plaise ou pas, il y a toujours un docteur Knock qui sommeille en chaque médecin, même si la caricature de Jules Romain est évidemment outrée. Le conflit d’intérêt est sous-jacent à la médecine elle-même. La société doit veiller à ce que ses médecins aient suffisamment de patients, sinon, de bonne foi ou pas, ils vont en créer de toutes pièces. C’est en partie ce qui justifie le numérus clausus, et on sait depuis longtemps que plus il y a de médecins, plus il y a d’actes médicaux dont il est impossible de dire lesquels sont injustifiés dans un domaine aussi subjectif que la médecine actuelle.
J’insiste tout de suite pour souligner que cela ne préjuge en rien de la moralité ou de la culture des médecins eux-mêmes : C’est propre à l’homme, à tous les hommes, les exceptions confirment la règle ou l’erreur d’observation. Et dans l’organisation d’une société, on doit raisonner sur des populations, c’est-à-dire sur des courbes de Gauss qui englobent les exceptions dans la dispersion statistique. Naturellement chacun est libre de se considérer dans la frange des gens exceptionnellement vertueux et de se faire passer comme tels, en considérant tout de même que tous ne sont pas comme lui, d’ailleurs il en connaît bien quelques uns qu’il ne souhaite pas fréquenter…
Ce premier point risque bien entendu de m’attirer les foudres des syndicats de médecins ou du conseil de l’ Ordre pour qui je suis déjà un multi récidiviste. Leur message est que tous les médecins sont de bons apôtres d’Hippocrate, ce qui est souvent vrai, qu’ils ne travaillent que pour le bien de leurs malades, ce qui n’est que partiellement vrai, et méritent une juste rémunération, ce qui est absolument vrai ! Néanmoins, on n’y rencontre pas que des saints.
Un deuxième point assez voisin, puisqu’il tient à la nature de l’homme est le suivant :
Toutes les catégories sociales comportent leur lot de gens malhonnêtes, ceux qu’on appelle parfois des escrocs et il est absolument impossible de s’en prémunir à priori. Ce sont souvent des artistes de la mystification, des gens intelligents et bien placés, voire très bien placé, tel par exemple le financier Madoff qui est encore présent dans bien des mémoires. Ce point est très important, parce que la défense individuelle dans le droit français est basé sur la présomption d’innocence et évidemment on ne saurait accuser de quoique ce soit quiconque sans avoir de preuve formelle. Pour ma part, je n’entends accuser personne, car cela n’a aucun intérêt : Débarrassez-vous d’un escroc et il s’en trouvera un autre sous peu, si les conditions perdurent. C’est donc quand la fraude est possible que le législateur a mal fait son travail, pas quand on aura prouvé que la faute a été effective.
La technique actuelle pour justifier les incompétences des politiques est de dire que « bien entendu étant donné la grande qualité morale de mes électeurs, il ne saurait y avoir de tricheurs parmi eux. »Il faut vite renvoyer ces bisounours à l’école maternelle. Ils ne sont pas digne de nous gouverner. Cependant ce discours est encouragé par les électeurs et les syndicats qui crient à la stigmatisation dès qu’on envisage que la malhonnêteté est humaine et donc possible dans tout groupe humain. Chacun se sent visé personnellement et hurle d’autant plus fort qu’il est moins rassuré. Pourtant, même si les défaillances sont dues à une minorité on sait qu’il ne faut qu’un grain de sable pour gripper une machine. Mais quand le système le favorise, on peut ramasser le sable à la pelle !
Le problème ici est important car les vrais tricheurs sont souvent très proches du pouvoir quand ce ne sont pas leurs conseillés patentés. Ce sont évidemment, des gens au-dessus de tout soupçon ! Et de fait, ils sont parfois la référence du ministre puisque, sauf exception, un ministre n’a pas les capacités techniques que requiert son ministère et doit se fier à des « experts ». A voir comment Roselyne Bachelot s’est faite roulée dans la farine on comprend pourquoi le choix d’experts ayant des conflits d’intérêts, déclarés ou pas, pose problème.
Comme tout le monde, j’ai cru autrefois que les beaux parleurs qui citaient à tour de bras leur religion, leur haute culture, leur probité et leur généreux désintéressement, méritaient que je leur fasse confiance. J’ai rapidement été déniaisé en entrant dans le monde adulte (notamment médical) et j’ai alors découvert un théorème que je vous soumet :
La qualité primordiale d'un bon escroc,
c'est d'avoir l'air honnête!
Bien entendu, la réciproque n’est pas vraie, et les gens qui ont l’air honnête le sont le plus souvent, mais ce ne peut en aucun cas être une garantie de probité !
J’en viens enfin à ma troisième proposition qui sera aussi vigoureusement contestée : Les sociétés industrielles, en l’occurrence les laboratoires pharmaceutiques, peuvent-elles être morales ?
La réponse est non : Une société commerciale n’a pas de conscience, elle est obligatoirement amorale !
Il se trouve que dans le domaine de la médecine, toutes rivalisent pour faire montre d’un maximum d’éthique, indispensable introduction à une clientèle de médecins dont l’éthique est l’épine dorsale de la profession. Elles réussissent souvent à le faire croire parce que les gens sont naïfs ou plutôt veulent le croire. Pourtant, il ne s’agit que de communication, mais d’une communication habile et dangereuse à laquelle bien des gens se laissent prendre.
Là encore, je tiens à préciser que je ne parle pas des hommes, mais d’un organisme constitué par des humains (ici une société commerciale), dont les lois sont totalement distinctes de celles des cellules (humaines) qui la constituent.
Je n’exclue pas que tel dirigeant de tel laboratoire soit convaincu d’avoir une éthique médicale rigoureuse et parvienne à se persuader qu’il concilie l’intérêt de sa société (pardon, de ses salariés) et des malades… mais, tous comme les experts qu’il rémunère, son jugement est brouillé par des conflits inconciliables.
Il n’y a pas d’alternative à l’équilibre des pouvoirs et prétendre y substituer la vertu des hommes est au mieux une utopie et le plus souvent une imposture.
Les premiers dupes sont souvent les visiteurs médicaux qui sont formés suivant la technique du double aveugle : Pour être convaincants, il faut déjà qu’ils soient convaincu eux-mêmes, et ils sont soigneusement formatés pour le croire. Alors que la corruption généralisée du corps médical par les laboratoires devient vite pour eux une évidence criante, il s’en trouve encore pour me dire que leur labo à eux a toujours respecté une éthique rigoureuse. Mais comme j’analyse moi-même les études que sortent régulièrement les laboratoires pour alimenter leur argumentation, il m’arrive souvent d’en éclairer quelques-uns.
Comme j’ai fini par créer un blog pour m’exprimer, plusieurs laboratoires m’ont mis à l’index, sans doute pour ne pas corrompre leurs visiteurs.
Avec Internet, les visiteurs ont cependant de moins en moins d’influence et ils font les frais des recadrage budgétaires des laboratoires pharmaceutiques. Autrefois, ils avaient toujours un petit gadget pour mieux se faire accepter, mais c’est maintenant rigoureusement interdit, pas même un bouquin, juste des prospectus ! Le législateur avait donc déjà pensé au risque de corruption…Ce législateur là mérite une belle médaille d’incompétence…à moins que ce ne soit pour lui aussi, de corruption.
Parlons donc de la corruption : Elle existe à tous les niveaux, mais comme pour le poisson, c’est la tête qui est le plus gravement atteinte: Les laboratoires ont bien compris qu’il était plus rentable de convaincre les leaders d’opinion, quel qu’en soit le prix, plutôt que les prescripteurs individuels.
Le cheval de Troie est la MFC
( Formation Médicale Continue.)
Il est en effet indispensable pour tout médecin de savoir en quoi l’évolution des connaissances mondiale peut avoir de répercussions sur son exercice quotidien. C’est logiquement le rôle que doit avoir la faculté de médecine, dont la vocation est l’enseignement et à qui il incombe de collecter les informations scientifiques adéquates pour les intégrer progressivement aux règles de bonne pratique dès lors qu’elles sont suffisamment fiables. Les meilleurs de nos universités publient sur Internet des cours remarquables et régulièrement mis à jour et il est simple et peu onéreux d’organiser des systèmes d’abonnements gratuit pour que tous les médecins soit correctement informé en permanence de tout ce qui touche à sa pratique.
Le problème, c’est que les laboratoires ont bien vu le profit qu’ils pouvaient tirer du système. Ils étaient depuis longtemps passés maîtres dans l’art de communiquer et éditaient des livres superbement reliés qu’ils distribuaient gratuitement aux médecins. Les auteurs étaient souvent remarquables, d’une honnêteté intellectuelle totale, et certainement enchantés de pouvoir ainsi exprimer leurs convictions éventuellement contestées ou originale, dans une publication haut de gamme.
Où est donc le problème ? C’est le problème du filtre :
La médecine est une science complexe et les hypothèses les plus convaincantes sont le plus souvent battues en brèche : A la phase initiale, les opinions, toutes légitimes, sont diverses. Il suffit donc de trouver le vecteur (sincère) de la thèse qui favorise le laboratoire (ou son médicament), pour en faire rapidement une vérité officielle. Mais les livres sont austères. L’industrie n’en est pas restée là, bien entendu, et a trouvé le sésame pour insérer sa publicité au cœur même du corps médical. C’est la mode des congrès prétendument scientifiques et réputés indispensables à la formation continue des médecins. Le principe en est simple et maintenant connu. Il y a en permanence, dans les villes particulièrement attrayantes ou exotiques, des « congrès médicaux » organisés par des association « savantes » où des conférenciers renommés analysent les dernières études qui sont sorties et soumettent à l’assistance leurs opinions d’experts puis répondent aux questions qu’on voudrait leur soumettre. Le succès de ces congrès est considérable pour une raison simple : Tout est pris en charge par les laboratoires, qui se mettent à plusieurs, chacun invitant les clients qui les intéressent. Les conférenciers se disputent les faveurs des labos pour se faire connaître et décrire leurs travaux, mais surtout pour bénéficier de voyages tous frais payés dans des hôtels de luxe et des rémunérations généreuses (de l’ordre de 10 000€ de l’heure pour fixer les idées) de leurs interventions. N’imaginez pas qu’ils revendiquent une grande liberté de parole dans des amphithéâtres où sont disséminés des nervis en cravate, chargés d’interrompre, de huer ou de ridiculiser les questionneurs impertinents (dont j’ai été) qui voudraient poser une question qui fâche.
Quand aux « congréïstes », ce sont les heureux invités des laboratoires, tous frais payés également, chargés de remplir les salles de conférences plus particulièrement centrées sur la pub des produits du labo invitant, moyennant quoi ils peuvent aller également écouter le reste, visiter les stands et gagner des gadgets en répondant à des questionnaires pour montrer que vous avez bien compris les indications du produit concerné. Ils ne manquent pas non plus de faire du tourisme, qui les en blâmerait ?
Il va de soit que l’attrait de ces congrès est réel pour les bénéficiaires qui deviennent vite les obligés des laboratoires et qui n’hésitent plus parfois à monnayer leurs « choix thérapeutiques » en fonction du laboratoire le plus généreux à son égard. Selon la personnalité du médecin, en général un spécialiste, disons un cardiologue pour fixer les idées et parce que c’est le milieu que je connais le mieux, on assiste parfois à de véritables chantages qui s’apparentent à des extorsions de fond qui scandalisent les laboratoires eux-mêmes, lesquels sont tout de même mal placés pour dénoncer un scandale qu’ils ont eux-mêmes ourdi. Ils ne protesteront pas !
La plupart du temps, l’échange de bons procédés se fait entre gens de bonne compagnie avec les mots aimables de ce milieu et la mise en avant des avantages réciproques. Mais les cyniques existent aussi et bien entendu les escrocs. Ainsi, certains instaurent une sorte de taxe mafieuse envers les laboratoires qui veulent faire prescrire leurs produits. Par exemple, ils sont conviés à payer à une caisse noire ou des « repas de travail » à un groupe particulier (par exemple les correspondants et amis d’un spécialiste) qu’il faudra également envoyer en congrès tous les ans. Les prétextes ne manquent pas. Par exemple, un tel qui fait dans l’humanitaire, ne reçoit que les labo qui ont cotisé par un don à son association située à l’abri du fisc dans un pays du tiers monde.
La méthode la plus consensuelle cependant est l’association pour la formation médicale continue, la FMC . Le prétexte est inattaquable et auréolé des meilleures intentions : Pour les laboratoires, c’est quasiment une œuvre de bienfaisance que de coopérer ainsi à la formation des médecins, sans rien demander en échange. Pour les médecins, c’est la meilleure preuve de conscience professionnelle que d’adhérer à des séminaires de « formation ». Dans les faits, même si l’image est idyllique et la formule séduisante, on rencontre très rapidement la perversité du système. Tous les acteurs, conférenciers et médecins, sont les obligés du sponsor dont l’objectif est évidemment le retour sur investissement et non la formation médicale continue !!! Pourtant, leur savoir faire est tel que l’illusion est parfaite et que les apparences sont sauves. Les limites que s’imposent les conférenciers sont indiscernables à un observateur naïf. Quand aux participants, il y a ceux qui, à défaut de mieux, viennent tout de même pour s’instruire en pensant pouvoir faire la part des choses, tout en profitant des conditions confortable qui leur sont offertes. Ce sont les plus nombreux. Mais il y a aussi ceux qui font marcher le système et dont le zèle est surtout motivé par l’intérêt direct que peut présenter une position stratégique d’intermédiaire incontournable entre les médecins et les laboratoires, telle que secrétaires d’association de FMC, présidents ou organisateurs « bénévoles » de toutes natures qui se sont mis à proliférer, on comprend bien pourquoi.
Il y a quelques années, un professeur de cardiologie réputé, qui avait eu tous les honneurs de la profession mais voyait s’approcher l’age de la retraite où il devrait céder sont service, m’expliquait pourquoi il se spécialisait dans l’animation des congrès : « Tu te rends compte que le budget de publicité des laboratoires est devenu supérieur à leur budget de recherche ? Il y a là des sommes fantastiques, des fortunes qu’il suffit de se donner la peine de ramasser ! Comment veux-tu que cela n’oriente pas les pratiques médicales, on ne peut rien faire contre ça ! » J’étais encore de ces naïfs qui croyaient aux vertus du libéralisme : « Puisqu’ils sont en concurrence, tous les arguments seront exposés et le médecin sera juge… » Erreur totale. La concurrence est anecdotique : mais toute la profession est unie vers le même objectif : Faire croire aux médecins et aux malades qu’ils faut qu’ils dépensent plus. « Faire croire » justifie un budget publicitaire. « Chercher à guérir » justifiait un budget de recherche. Mais on voit donc que ce facteur est de moins en moins important.
Pensez un peu : Il n’y a pas un congrès, pas une revue de grande diffusion (donc gratuite), qui ne soit pas financée par les laboratoires pharmaceutiques ! Tous les intervenants, mais aussi quasiment tous les participants aux congrès européens ou américains, sont sponsorisés par les labos ! Tous les professeurs de médecine sont baladés tous les ans, à Vienne, à Chicago ou à Barcelone, dans des hôtels quatre étoiles aux frais des labos et sont évidemment à leur solde ! Il y a les abonnés qu’on voit partout dans les médias et dont l’activité principale est de multiplier les sponsors par des déclaration enthousiastes et flatteuses pour certains produits et qui leur vaudront de flatteuses rémunérations. Il y a aussi les permanents des firmes qui touchent des sommes importantes, bien supérieures à leur rémunération de médecins hospitaliers cumulée à celle de professeur de médecine et qui constituent les « rémunérations occultes » dont parlait Philippe Séguin quand il était à la cours des comptes et s’était intéressé à ces revenus de fonctionnaires très particuliers.
La rémunération occulte de ces experts universitaires constitue évidemment un aspect fondamental de la corruption du système, que les revenus soient déclarés ou pas. Sur le plan de la loi, ils ne sont pas condamnables autant que je sache. On peut oublier le caractère immoral des sommes qui leur sont octroyées si facilement, non pas pour leurs compétences, soigneusement mises en avant, mais de par la situation charnière qu’ils occupent. Ils jouent les lanceurs de mode, les faiseurs de « bonnes pratiques », dans un mécanisme de type chaotique, c’est-à-dire fondamentalement dépendant des conditions initiales.
Il ne faudrait pourtant pas s’imaginer que cela ne les engage en rien vis à vis des labos, sinon à leur prodiguer leur savants conseils. Les labos n’ont que faire de leurs conseils, ils veulent simplement qu’ils conseillent leurs étudiants et les médecins sur qui ils ont encore une aura intellectuelle, de prescrire le produit qui rapporte ! C’est le type de pratique qui est lourdement punie dans un autre secteur, sous le terme de corruption de fonctionnaires. Il paraît pourtant évident pour le citoyen, que ce type de délit devrait concerner toute personne, même non fonctionnaire, qui a le pouvoir de dépenser l’argent public, en l’occurrence l’argent de la sécu et bien entendu les conseilleurs de bonne pratique, experts et enseignants.
Si le législateur ne rétablit pas cette règle, les scandales se multiplieront, pour une raison simple : Il n’est pas possible d’être objectif intellectuellement si l’on n’est pas libre de tout conflit d’intérêt !
Pas possible, ça veut dire que tous ceux qui prétendent l’être malgré tout, sont soit des menteurs, soit des inconscients, mais certainement pas de bons scientifiques ni de bons médecins : l’homme est fait de telle sorte que c’est impossible !
J’en donne quelques exemple dans mon blog , écris à l’attention des médecins et des cardiologues et où je peux entrer dans des détails technique que je ne peux aborder ici : Comment voulez-vous que le professeur Machin à qui le laboratoire Truc propose 10 000 € pour parler une heure et faire la promotion de son produit, n’oublie pas de citer les chiffres qui dérangent et que personne ne lui demandait ?
Ce qui est grave, c’est qu’il n’y a plus personne qui contrôle les labos puisque tous les experts touchent leur prébende. Ils peuvent bien entendu se partager les rôles, selon leurs conflits d’intérêt respectifs, et dans la plus totale opacité, échanger les services rendus. C’est très exactement ça un système corrompu : il sauve les apparences pour se maintenir.
Comment justifient-ils leurs privilèges ? Elémentaire mon cher Watson ! Nous sommes les meilleurs dont les labo ont besoin et notre départ de l’enseignement priverait les étudiants et les médecins de leurs meilleurs professeur-chercheurs qui font la réputation de notre université médiale et une des meilleure industrie pharmaceutique du monde. Rien que ça.
C’est en tout cas le message qu’on reçu les politiques, qui, sans vouloir être méchants sont plutôt des niais qui parlent bien quand on les met à la santé, puisqu’ils ne servent à rien sinon à cautionner le système, surtout quand ils ont eu un diplôme de docteur en médecine dans une autre vie. A contrario, ces experts sont souvent très malins et assez imbus de leur personne pour se croire indispensables. En réalité, nos universités de médecine pullulent de gens très brillants qui pourraient indifféremment faire de la recherche privée ou publique, mais dont la formation les destine à faire de la médecine, c’est-à-dire à soigner des malades puis ultérieurement à enseigner la médecine et à faire l’analyse critique de cette recherche, d’où qu’elle vienne.
Il n’y a pas lieu de mélanger les genres. Contrairement à ce que prétendent ces professeurs je sais tout, ils ne sont pas formés pour faire de la recherche : Pas de formation scientifique en général, ou d’un niveau très médiocre. Les labos sont capables de recruter ailleurs de vrais scientifiques, mais pour faire leurs essais, ils ont besoin de la complaisance rémunérée des chefs de service des hôpitaux. On peut toujours les appeler des chercheurs, ça n’en fait pas pour autant des scientifiques…
La séparation des pouvoirs est un point absolument capital car c’est la confusion des genres, qui est à l’origine de toutes les catastrophes sanitaires et a fait de nos chercheurs des complices de l’industrie pharmaceutique. Comme je l’ai dit plus haut, l’apparence d’éthique n’est qu’un vernis destiné à faire passer une logique industrielle implacable, dont se charge avec plus ou moins de bonheur un universitaire rémunéré.
Dès lors qu’il est payé par la firme, l’universitaire n’est plus sincère. Il est souvent obligé d’arranger la présentation des résultats. Mais comme le système est généralisé, nul ne songe à contester ce qu’il dit et sa notoriété fait le reste. C’est l’argument d’autorité. Aucune opprobre de la part des confrères, bien au contraire, chacun espère trouver un maximum de fromages du même type et de là à s’auto-persuader que c’est un gage de compétence, on comprend combien l’argument arrange tout le monde.
Sans craindre de me répéter, j’insiste sur le fait que je ne me place pas sur le plan de la morale. Chacun a la sienne qu’il sait adapter comme ça l’arrange. On ne peut pas obtenir de consensus sur une morale à moins de vouloir imposer la sienne c’est-à-dire recréer les guerres de religions. C’est au contraire la rationalité qui doit nous guider en analysant objectivement les conséquences de cette perversion du système.
Rappelons que la médecine est une matière internationalisée et que la lutte des laboratoires pour les parts de marché se fait à l’échelle planétaire. Comme dans beaucoup de domaines, les Etats Unis dominent le marché et les scandales sont en général mondiaux. L’affaire du Mediator est donc un cas très particulier avec un labo franco-français dont un produit, interdit ailleurs, a bénéficié d’une complicité coupable des autorités. Mais il ne faudrait pas croire que les autres laboratoires internationaux soient plus vertueux que les nôtres. Ils cherchent à promouvoir la même image « éthique » exigée par le public et les média en multipliant les bonnes œuvres et surtout « l’information médicale » fer de lance de leur publicité par laquelle ils instillent discrètement les petits détails qui feront leur fortune. La logique commerciale n’est en rien différente de celles des autres industries et c’est là qu’est apparue une évidence qui s’impose à tous : La communication avec le corps médical est de loin plus rentable que la recherche elle-même. Ce qui compte n’est pas tant d’inventer de nouvelles molécules dont l’efficacité est toujours aléatoire et souvent décevante, que de faire prescrire pendant la période de protection des brevets, le maximum des produits qu’on a pu mettre sur le marché. Et c’est pourquoi les laboratoires pharmaceutiques investissent plus dans la communication, c’est-à-dire la corruption des médecins, que dans la recherche elle-même. Et si cela fait bien l’affaire des médecins, c’est bien évidemment au détriment des malades !
Un des effets les plus pervers de cette corruption du système est qu’elle est susceptible de fausser (un temps ?) le domaine de la connaissance. C’est le cas par exemple de l’invention de maladies qui n’existent pas, ou la généralisation irrationnelle de traitements d’indication très limitée à des populations entière, sous prétexte de prévention.
Il n’échappe à personne que la médecine est une science complexe où on ignore encore beaucoup plus de choses qu’on n’en sait. De ce fait, elle a de tout temps, été le domaine privilégié des charlatans. Pour le médecin ou le scientifique, elle est un domaine où rien n’est encore certain, mais où certaines hypothèses sont fécondes pour aider la raison. Parmi elles, l’existence de signaux indicateurs de perturbations futures, présentes ou passées est abondamment exploitée pour compléter les autres observations de nos sens. Les signaux biologiques par exemple, nous ont permis de pronostiquer un probable diabète quand on dépistait du sucre dans les urines. Mais le diabète n’est pas le sucre dans les urines, c’est un mauvais fonctionnement du pancréas dont un signal peut être que le sucre passe dans les urines quand la concentration dans le sang est trop élevée. On peut aussi doser directement le sucre dans le sang, et penser à un probable diabète s’il est trop élevé, mais ce n’est là qu’un signal du mauvais fonctionnement du pancréas, et on peut trouver un taux de sucre sanguin normal ou bas et avoir tout de même un diabète. La nature des signaux pris comme témoins se perfectionne sans cesse et deviennent plus fiables et plus représentatifs de la maladie. Pour autant, ils restent des signaux, et on s’est rendu compte par exemple que de vouloir normaliser ces signaux, c’est à dire donner aux malades diabétiques les objectifs biologiques qu’on rencontre chez les sujets non diabétiques, comportait les mêmes risques de mortalité que les traitement insuffisants. En médecine aussi, le mieux est l’ennemi du bien. Mais le bien lui-même n’est pas si bien connu que ça quand il est obtenu par des artifices de chimie. Le signal est peut être utile, mais ce n’est qu’un signal et on a pu apprendre avec le temps que les médicaments qui amélioraient le mieux le signal n’étaient pas pour autant ceux qui amélioraient le mieux la maladie et évitaient au mieux ses complication. Certains au contraire pouvaient les provoquer ou les aggraver. (ça a été le cas du médiator par exemple, mais les exemples sont légions et ne font pas toujours le buzz dans la presse. On ne se demande surtout pas combien il a provoqué de morts mais on trouve des raisons vertueuses pour retirer du marché un produit qui pourtant avait toute la confiance des experts quand il y avait été introduit.
L’inconvénient pour les laboratoires, c’est que l’amélioration du signal se voit vite, mais l’amélioration de la maladie sur le long terme se voit… à long terme ! Or ils n’ont pas le temps d’attendre. Ils ont donc réussi à modifier les évidences médicales à leur profit en assimilant les signaux à la maladie et à convaincre toute une caste de professeurs de médecine que les fortes présomptions qu’ils avaient du fait de l’amélioration des témoins, justifiaient de les donner aux malades, dès lors qu’il n’y avait pas significativement plus de morts sous traitement que sous placebo pendant une phase d’essai aussi courte que possible!
La plupart des lecteurs croiront que j’exagère et penseront que le système ne peut pas avoir atteint ce degré de perversité. Je donne des détails techniques pour les médecins, dans mon blog, mais je voudrais rester ici aussi accessible que possible aux non médecins. Tout le monde comprend ce que c’est qu’un signal et chacun comprend que ce n’est pas en peignant les feux rouges en vert qu’on pourra améliorer la circulation de nos cités ! C’est pourtant ce que font certains médicaments ! Leur objectif est de « normaliser » certains paramètres intermédiaires métaboliques dont les valeurs peuvent être modifiées dans des situations considérées comme à risques dans la mesure où on les retrouve dans des populations où surviennent plus fréquemment des complications cardiovasculaires par exemple. Il s’agit là d’une pratique de plus en plus répandue car éminemment rentable étant donné l’explosion des maladies de surcharge dans les sociétés riches qui se soignent ! Mais faire croire aux gens que les déséquilibres diététiques et d’hygiène de vie peuvent être contrebalancés par des poisons métaboliques pris sur le long terme, dont on n’a même pas fini de recenser tous les effets pervers ou toxiques, constitue sans aucun doute la plus grande imposture médicale des trente dernières années. Or elle n’a été possible que parce que le système médical mondial dans son ensemble est corrompu par l’industrie du médicament et que cette imposture arrange tout le monde, marchands de médicaments et prescripteurs de soins . Cependant, elle a pris des proportions particulièrement inattendues en France où les produits les plus récents et les plus chers ont pu s’imposer sans aucun soucis de coût. Le paradoxe est que notre pays a été inondé de ces produit plus qu’aucun autre, alors que même les études les plus favorables à ces produits excluaient la France et les autres pays méditerranéens. Par contre, émettre des recommandations défavorables auraient privé nos experts, spécialistes et universitaires, des largesses en voyage, prébandes et congrès que dispensent généreusements les laboratoires les plus riches de la planète, lesquels n’ont même pas l’excuse d’être français et de profiter à nos emplois !
Il existe donc une tripotée de médicaments qui modifient favorablement les facteurs intermédiaires (les signaux), mais dont on ne sait rien sur le pronostic à long terme et qui sont donnés très largement pour la simple raison que des experts rémunérés ont donné leur feu vert et que les spécialistes en la matière sont fortement sollicités par les laboratoires grâce à des voyages exotiques dans des congrès fait sur mesure pour convaincre les prescripteurs pas trop regardant. Ainsi, depuis 2006, je mettais en garde mes correspondants généralistes sur un de ces produits vedettes (ce qui veut dire nouveau et cher) qui donnaient des insuffisances cardiaque avec des signaux améliorés. L’un m’a répondu que ses diabétiques à lui étaient vraiment améliorés… Le médicament a été retiré du commerce cette année.
C’est ainsi que des médiators pullulent partout dans la pharmacopée et continuent à tuer sans que personne ne s’en émeuve. Ca éclatera sans doute, ou pas, mais vous pourrez toujours chercher les responsables : Ils auront passé la main ou seront à la retraite. Mais en fait il n’y a pas de responsable . C’est le système qu’il faut assainir, car c’est le système qui est corrompu !
Quelques points particuliers
qui sont à la base de bien des préjugés.
On ne peut rien y faire ?
Le propre de l’homme de la rue est d’émettre des jugements lapidaires (tous pourris) ou au contraire de se réfugier dans un relativisme blasé : (Rien n’est parfait, mais on ne peut rien y faire et ça sera toujours comme ça. Tous le monde a des conflits d’intérêts. )
Je me suis attaché à montrer que c’est le système, c’est-à-dire les règlements en cours qui étaient la source des dysfonctionnements. Les profiteurs, car il y en a, ne sont que des acteurs d’opportunité. Notre société est plus encline à punir « les coupables » qu’à faire sa propre toilette, mais c’est pourtant là que réside l’unique solution. L’action de la justice se cantonnera sans doute à faire payer le laboratoire Servier et ses assurances pour une part de responsabilité, mais oubliera tout le reste, l’essentiel. L’effet préventif-dissuasif sera nul car les systèmes s’adaptent et n’ont ni remords ni conscience. Tout recommencera comme avant parce que jamais, au grand jamais, on ne changera les hommes. S’il fallait punir quelqu’un c’est le législateur incompétent, stupide ou corrompu qui a pondu la loi démagogique sur la déclaration des conflits d’intérêt en 2002, sans prévoir de sanction, de sorte que le système perdure en sauvant les apparence, magistral bras d’honneur au citoyen malade contribuable qui continue à entretenir les sangsues qui saignent à blanc son système de santé.
Oui, il est possible et même facile d’avoir un système qui marche, mais en changeant les règles au lieu de s’illusionner de pouvoir changer les hommes. C’est un changement qui devrait plaire à tous nos intellectuels, puisqu’il est de même nature que de remplacer les règles d’une dictature par celles d’une démocratie. Mais ne nous y trompons pas, il y aura autant de résistance !
Ça ne marche marche pas mieux ailleurs et il n’y a pas moins de scandales aux Etats Unis !
Voilà une réflexion que j’ai entendu comme un aveux de renoncement dans la bouche de journalistes.
Il est parfaitement vrai que le mal est mondial, précisément parce que l’économie de la santé est mondialisée. Mais notre pays est plus particulièrement exposé car le dernier frein a sauté, celui du coût pour le malade, qui, quoiqu’on en dise reste un rempart efficace contre la multiplication des actes iatrogènes. Mais c’est justement parce qu’il a un système particulièrement évolué que notre pays doit continuer à montrer la voie. Pour une fois, il n’est pas démuni contre la toute puissance du marché. Tant qu’il aura le pouvoir de décider de ses lois, il lui appartiendra de créer une médecine vraiment indépendante des laboratoires, c’est-à-dire renouant avec les règles scientifiques les plus élémentaires qui ont cours dans les autres disciplines. Il n’y a pas de règles propres à la médecine dans ce domaine, il y seulement les impératifs de la science qui est la seule garante de la connaissance.
Il est vrai que ça n’existe pratiquement pas ailleurs, mais il a bien fallut aussi inventer la démocratie. C’est justement une tâche qui est à la portée d’un petit pays : Ne doutons pas que l’exemplarité ferait de nos experts une vraie référence mondiale alors que les charlots payés par les labos qui actuellement occupent les médias sont l’objet de quolibets irrespectueux de la part des médecins qui gardent encore les pieds sur terre ! Mais il faut faire vite et il faudra prendre ses distances avec les instances européennes de la santé qui se prononcent sur tout et qui sont au moins aussi corrompues que les nôtres.
Il ne faut pas que des règles dures défavorisent notre industrie du médicament qui est le gage de nos possibilités de contrôle !
Argument entendu dans la bouche de Jean François Coppé .
Il faut certainement examiner avec soin l’argument de survie des entreprises françaises qui n’est pas négligeable mais qu’il faut ramener à ses dimensions réelles et non pas fantasmatiques.
Ce ne sont pas les entreprises françaises qui hypothèquent le plus le budget de la sécu. Mais pour lutter à armes égales contre les géants américains, elles sont obligées de renforcer leur publicité et donc leur budget de corruption tout azimut. Si les règles changent chez nous, elles n’en seront que soulagées et pourront consacrer ce budget à la recherche. Car il ne faut tout de même pas se leurrer. On ne pourra plus comme autrefois faire des fortunes en vendant de la poudre de perlin pinpin. Seules les entreprises capables d’une recherche scientifique effective survivront. Épargnons leur les dessous-de-table. Mais l’enseignement de la médecine n’est pas de leur ressort, tout comme la promotion des médicaments n’est pas du ressort des professeurs de médecine. Il faut que les choses soient claires. Ces deux activités sont incompatibles.
Alors que je revenais d’un congrès européen de cardiologie en 2008, j’avais résumé les sujets abordés par un constat désabusé. Les conférenciers prouvaient se répartit en trois groupes :
« Les marchands de statines, les marchands d’ARA2, les marchands et les poseurs de stents ! »
Et c’était la triste vérité. Ces congrès médicaux à grand spectacle n’ont strictement aucun intérêt pour la mise au point des connaissances : Au contraire, elles les déforment par des informations tronquées ou fausses, dans un apparat de manifestation officielle qui vise à leur donner valeur de consensus. Quand vous y allez, vous pouvez y trouvez des conférenciers honnêtes, mais ils marchent sur des œufs à coté d’autres, bien moins respectables, véritables bonimenteurs culottés qui ne manquent pas de susciter quelques réactions feutrées afin d’esquisser un semblant de débat. Mais tout cela par les acteurs bien rôdés pour le spectacle et sans que personne ne dise mot quand sortent des énormités.
On voit donc que mettre fin à ces mascarades ne nuirait pas beaucoup aux laboratoires français : Servier et Fabre n’ont aucun produit dans les trois créneaux juteux de la cardiologie actuelle, et seul SANOFI fabrique un ARA2 et est intéressé par les stents qui dopent son Plavix. Les grands bénéficiaires sont des multinationales qui concernent peu la France. Or si ces créneaux sont si juteux, c’est justement que le système pousse à étendre des indications réelles mais limitées (ce qui justifie leur prix élevé), à une généralisation éhontée, en lieu et place des attitudes rationnelles qui se trouvent être plus anciennes, mieux éprouvées et moins onéreuses : ( L’abstention le plus souvent pour les statines, les IEC le plus souvent au lieux des ARA2, L’abstention le plus souvent en dehors de l’urgence pour les stents dits « préventifs ».)
Je parle surtout ici de la cardiologie qui est mon domaine, mais je vois aussi en filigrane la même chose dans des spécialités adjacentes qui ont toutes pour objet les maladies chroniques. Tout le monde sait que le diabète a de beaux jours devant lui compte tenu de l’explosion de la population des obèses. Il n’échappe à personne que la fortune est promise à quiconque prétendra inventer la pilule anti diabète et anti obésité. Périodiquement est retiré du commerce un de ces poisons réputé bénéfique pour faire maigrir ou améliorer les signaux pathologiques de ceux qui mangent trop ou mal. Le Mediator en faisait partie. On ne saurait reprocher aux laboratoires de chercher constamment de nouvelles solutions ni de nouveaux profits : C’est la nature même de leur métier. Mais ce n’est pas le métier des médecins d’expérimenter sur leurs malades les dernières nouveautés commerciales quand des solutions sûres existent déjà, en dehors de toute nécessité et sous le seul argument qu’ils ont été sollicités par un généreux sponsor. Quand on voit une explosion de prescriptions de ces produits douteux suivre un voyage organisé par le laboratoire qui les fabrique, pour plusieurs dizaines de spécialistes prescripteurs, on a envie de crier au crime organisé ! Et si c’est légal, c’est qu’il faut changer la loi !
Que faut-il faire ?
« Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés» (Les animaux malades de la peste)
Il y a au moins un point où le système est parfaitement sans reproche : C’est pour ce qui concerne ses capacités d’auto adaptation pour maintenir la pérennité des profits crapuleux, tant des corrupteurs que des corrompus. D’un point de vue Darwinien, nous sommes en effet devant un système parfaitement fonctionnel, ou chaque crise est gérée intelligemment par un brouillard d’indignation vertueuse et de paroles énergiques, telle ces rodomontades du directeur général de l’AFSSAPS, déclarant qu’il fallait être « intraitable sur le respect des règles de déontologies ». Evidemment, on ne peut qu’acquiescer à de telles déclaration d’intention, et tout le monde respire en voyant la lucidité des responsables. Sauf que c’est le même personnage qui cautionne depuis des années la non application de la loi par la nuée d’experts corrompus de ses conseils, commissions et groupes de travail, qui « oublient » de déclarer leurs conflits d’intérêt quand ça les arrange, avec la complicité implicite ou explicite des autorités. Car ces soi-disant autorités ont leurs propres conflits d’intérêt pour se maintenir à ces postes lucratifs et prestigieux, qui ne sont pas de vulgaires dessous de table, mais valent bien et au delà, un minimum de compréhension envers les crapules en cols blancs, si bien élevés et qui, comme chacun sait, ne sont que des hommes et nous ressemblent tant !
On n’en finirait pas de détailler les ramifications innombrables d’un système adaptatif consolidé à chaque crise pour faire montre d’une apparence plus vertueuse et plus rassurante, tout en maintenant intacts les mécanismes fondamentaux qui sont sa raison d’être : une collusion efficace et lucrative entre les fabricants et les prescripteurs de soins, au dépend du citoyen et des malades.
Cette association de malfaiteurs est plus puissante qu’on ne croit. Les politiques ne pèsent pas lourd avec leur autorité éphémère et fragile, quand ils ne sont pas eux-mêmes englués dans quelques services rendus à leur carrière par de si bons amis. Leur compromission se situe au niveau du laisser faire. Concernant les scandales eux-mêmes, quand ils éclatent, ils se réfugient, une fois n’est pas coutume, derrière leur incompétence et les avis d’experts. Concernant les mesures préventives que réclament les électeurs, l’astuce consiste à promulguer des lois ou des règlements pour calmer la populace et de faire en sorte qu’ils ne seront pas appliqués pour rassurer leurs amis les voleurs. C’est ainsi que la loi faisant obligation à tout professionnel de santé de déclarer ses conflits d’intérêt quand il s’exprime publiquement, date de 2002. Mais il a fallut qu’une association de médecins luttant pour la transparence de l’information médicale, le FORMINDEP, exerce un recourt auprès du conseil d’état, pour que soient promulgué les décrets d’application, en mars 2007 !
Mais n’allez pas croire que cela ait en rien gêné les menteurs et les tricheurs qui se bousculent dans les organismes officiels. Il faut déclarer ses conflits d’intérêt, soit, mais quid si vous oubliez ? Rien, il n’y a pas de sanction, sauf si c’est trop voyant, un rappel pour ne pas oublier la prochaine fois, quand vous aurez fini de faire la publicité pour votre sponsor ! Où se trouve la filouterie dans ce cas ? N’est-ce pas le législateur qui prétend faire appliquer des lois sans facteur contraignant, en posant pour principe que les gens polis sont des gens honnêtes ?
Il faut bien se persuader d’une chose, c’est qu’il est tout aussi impossible d’extirper les innombrables promoteurs-profiteurs du système, que d’éliminer la population d’une fourmilière en écrasant chaque fourmi. Le système est modulable et adaptable, ses acteurs sont interchangeables et leur source inépuisable. Le seul moyen d’en sortir est d’établir des règles simples et des sanctions automatiques.
Martin Hirsch émettait des réserves dans son livre « pour en finir avec les conflits d’intérêt » envers des contrôles trop pointilleux qui lui semblaient risquer de dériver vers les méthodes du fascisme. Il est vrai que sa génération voit le fascisme partout, en particulier dès que l’état tente de mettre un peu de loi là où l’anarchie arrange plutôt bien les donneurs de leçon. Je suis, moi, pour les sanctions automatiques, comme pour les dépassements de vitesse, parce que justement ce sont les seules qui ne peuvent pas différer selon qu’on est puissant ou misérable. Ce sont les seules qui échappent à tout arbitraire et donc au fascisme. Il n’est pas nécessaire de se soucier des avocats pour appliquer une règle, elle s’applique de la même façon aux voyous richement dotés d’avocats et aux gangsters amateurs.
Il n’est pas nécessaire que les experts de l’AFFSAP, de la HAS ou du corps enseignant déclarent leurs conflits d’intérêt avec quelque laboratoire que ce soit. Il suffit de leur signifier, comme à tout professionnel de santé, que cela est incompatible avec leur fonction. On peut appliquer aux laboratoires contrevenants des règles analogues à la corruption de fonctionnaires et démettre automatiquement de ses fonctions le professionnel de santé corrompu. Qui s’en plaindrait ? Il aurait toute liberté d’aller faire la publicité des laboratoires par la suite et jouerait son rôle de VRP sans aucune ambiguïté. Je gage cependant qu’il ne s’en trouvera pas beaucoup qui parviendront à se faire engager comme chercheurs sur leurs compétences scientifiques…
Yvon GOUEL
Saint-Paul, le 12/01/2011
Vous pouvez lire aussi: