En guise d’introduction: L’imposture en médecine.
Ce site traite de médecine en général et de cardiologie en particulier, mais n’a aucunement la vocation à être un site professionnel de référence.
Je traiterai au fil du temps les sujets qui me tiennent à coeur ou que me dictera l’actualité comme je l’ai déjà fait pour quelques thèmes où je me trouvais être en désaccord avec certains de mes confrères, comme par exemple en 1996 sur l’Opération de Batista et en 2007 sur le projet de greffe cardiaque à la Réunion.
Mais il existe des sujets plus bénins qui méritent aussi d’être abordés quand la confusion s’installe dans les esprits, souvent induite par des informations divergentes ou biaisées. Je n’ai pas la prétention d’avoir toujours raison, et il m’arrive de changer d’avis. (Je l’ai fait pour le traitement de l’insuffisance cardiaque par les bétabloquants). Mais je cherche à être cohérent.
De plus, la médecine évolue si vite qu’elle échappe de plus en plus aux chaires officielles d’autant. Les enseignants deviennent comme nous autres d’éternels étudiants et il n’est pas certains que ce soient toujours eux qui comprennent le plus vite. La preuve en est les contradictions qui apparaissent de plus en plus souvent entre les conférenciers mandatés par les laboratoires ou nos associations. Certains méritent même un blâme, tel ce professeur de Marseille sponsorisé par une marque d’hypo-lipémiant qui s’est cru autorisé à aller diffuser aux médecins généralistes de l’île ses idées toutes personnelles sur la disparition prochaine des béta bloquants de la pharmacopée du cardiologue. Quand je lui ai demandé d’où il sortait ses “affirmations divinatoires”(sic), il m’a ressortit l’étude Life.
C’est hélas le genre de raisonnement que les puissantes firmes pharmaceutiques arrivent à induire chez beaucoup de médecins qui n’ont pas la formation scientifique adéquate. (Mais les études de médecine sont déjà si longue!).
Le processus est le suivant:
Un labo qui investit gros (ici Merck), choisit un protocole susceptible de démontrer la supériorité de son produit (Losartan) sur un traitement classique (Atenolol). Un traitement classique, c’est un traitement largement répandu, c’est à dire prescrit dans la pathologie la plus fréquente.
Quelle est la pathologie hypertensive la plus courante? L’HTA du sujet jeune non compliquée. C’est là l’indication élective des Bétabloquants. C’est le créneau le plus porteur et tous les nouveaux produits voudraient bien l’investir.
Dans l’HTA du sujet âgé ou compliqué, outre qu’il faut des polythérapies, on préfère les IEC. Mais c’est le créneau qu’ont choisi les auteurs (dont l’un est un collaborateur de Merck): moyenne d’âge 67 ans et HTA compliquée d’une HVG électrique.
On en arrive ainsi à démontrer, (après avoir renforcé la sévérité des “compliqués” (HVG), au milieu de l’étude) qu’il y aurait moins d’AVC dans le bras Losartan et une moindre survenue de diabète.
La conclusion des auteurs c’est que le losartan est un meilleur traitement que le traitement classique. (Donc à préférer dans l’HTA”classique”, CQFD)
Et après avoir avalé cette couleuvre, ce professeur voudrait nous faire partager son repas. Il ignorait que cette “supériorité” disparaissait dans la même étude si on ne prenait que les sujets de moins de 65 ans ainsi que chez les sujets de race noire (qui ,à la Réunion, sont l’essentiel de nos malades)!
On peut saluer la performance des chercheurs de Merck, dont l’objectif n’est pas la science, mais le commerce. Ils le font très bien.
Ma critique va à ces enseignants qui ne sont pas capables d’interpréter les résultats de ces études et confondent des résultats statistiques sur des populations nécessairement hétérogènes prouvant globalement la pertinence de mettre sur le marché une molécule efficace, et les indications nécessairement individuelles et personnalisées des malades toujours uniques qui nous sont confiés.
Ce n’est pas parce qu’une molécule est statistiquement meilleure qu’une autre dans une cohorte de cas qu’elle est meilleure dans tous les cas de cette cohorte!
Il peut par exemple y avoir des cas qui seraient mieux traités par le deuxième traitement, mais seraient moins représentées et donc effacés dans le résultat statistique! Et que dire quand les critères définissants la cohorte sont déjà ciblés et qu’on généralise les résultats!
C’est contre ce type d’imposture que je veux réagir et exposer quand nécessaire mon point de vue, même et surtout quand il va à l’encontre des affirmations dominantes du moment.
Saint-Paul, le 08/11/07
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