Paroles de cardiologue
 
 


De coïti labore

(À propos de l’énergie dépensée au cours du coït)



Abstract:

La finalité du coït n’est pas le deuxième étage, mais le septième ciel.



Je voudrais apporter ici ma modeste contribution à une question scientifique de grande importance qui défie la sagacité des physiologistes et des chercheurs!

“Quelle énergie est dépensée par un homme au cours du coït?”

Je conteste en effet les réponses que j’ai vu donner.


La première, nous avait été proposée par notre confrère et ami Philippe Blanc  au cours d’un exposé sur la rééducation des cardiaques à l’effort, sous la forme d’un QCM:

  Le coït correspond à :

• A-La montée d’un étage ?

• B-…de deux étages ?

• C-…de trois étages ?

• D-… de dix étages ? »

La réponse proposée était:

Réponse B: deux étages, correspondant à la puissance de 90 watts.

Je discuterai plus loin cette réponse.


Une deuxième réponse était affichée sur une brochure du laboratoire Pfizer lors du lancement du VIAGRA:

« Le coït correspond à une énergie de 5 calories par minute». 

Je me souviens très bien de la déléguée qui m’avait apporté la brûlante information avec l'aplomb qu’il convient quand on veut montrer qu’on connaît bien son sujet et l’assurance que donne une “formation” par le plus grand laboratoire pharmaceutique du monde.

Mais on ne se refait pas, je me suis tout de suite livré à un petit calcul car je ne suis pas familier des calories par minutes, unité de puissance dont l’unité internationale est le Watt (joule par seconde), qu’utilisent également les cardiologues quand ils évaluent la dépense énergétique de leurs malades.

C’est un calcul très simple que voici:

• Une calorie de biologiste (soit un kilo calorie de physicien) vaut 4180 joules.

• 5 Calories en une minute, celà fait  20 900 joules en une minute, soit en une seconde 348Watts, qu’on arrondit à 350Watts !


Tous les cardiologues savent que si développer une puissance de 350 watts est sans aucun doute à la portée de certains coureurs du tour de France, il est tout à fait exceptionnel de trouver quelqu’un, même s’il est jeune et sportif, qui soit capable d’y parvenir. A ce tarif là, la sélection naturelle n’aurait retenu que les graines de Bobet, Coppi et autres Armstrong, mais le commun des mortels comme vous et moi n’auraient jamais eu de descendants.

Je ne sais pas si ma remarque a été répercutée en haut lieu, mais très vite la brochure ne fut plus distribuée, ce qui n’a pas empêché le VIAGRA d’avoir le succès qu’on lui a connu.


L’évaluation de Pfizer étant manifestement erronée, analysons la réponse que nous donne, sous forme de QCM, la faculté de médecine:


Assimiler la montée de deux étages au développement d’une puissance de 90 watts, revient à inclure un couple de données non formulées: La masse et la vitesse.

Tout le monde comprendra que si c’est un gros qui monte ses deux étages à toute vitesse, il lui faudra plus de puissance que si c’est un petit qui prend son temps!

Le temps, justement est ici le maître mot et chacun sait que parfois, il est plus agréable de prendre son temps… ;-)

Or justement, la durée d’un acte sexuel est…variable !

Il n’est pas souhaitable de développer une forte puissance, car ce serait au détriment de la durée: Les efforts intenses nous mettent en dette d’oxygène et nous devons vite les arrêter pour éviter l’asphyxie. La proposition de 90 Watts, qui peut se faire raisonnablement en aérobiose est donc plus acceptable.

Nous allons conserver cette hypothèse.

Est-ce que pour autant, cela correspond à la montée de deux étages?

Faisons le calcul pour un homme de 70 Kg et des étages représentant chacun 5m de dénivelé:

En négligeant les déplacement à l’horizontale, l’énergie que notre homme doit dépenser pour monter les deux étages est égal à l’énergie potentielle qu’il va gagner en s’élevant de 10 mètres:

L’énergie potentielle est le produit du poids par la hauteur.

(Une force par un déplacement)

Ce qu’on exprime par la formule :

W= m.g.h

Où :

• W est le travail, ici l’énergie potentielle.

• m est la masse (en kilogramme).

• g est l’accélération de la pesanteur (9,81 m/s/s qu’on va arrondir à 10 m/s/s),

• m.g représente  donc le poids en Newton)

• h est la hauteur.(en mètres)

Ainsi pour un homme de 70 Kilo (de masse), le poids sera 700 Newtons (force),  il fournira un travail de 7000 Joules  pour monter ses deux étages culminant à 10 mètres.

Si on admet que la pérennisation du coït nécessite une puissance de 90 Watts, soit 90 Joules par secondes, il lui faudra 7000/90=78 secondes pour dépenser 7000joules correspondant à la montée de deux étages.

En d’autres termes, il accomplira sa performance en une minute 18 secondes !


Mais nous aurions tord de nous fier à des normes statistiques pour évoluer la consommation énergétique de nos coronariens : S’ils peuvent monter leurs deux étages en moins de deux minutes, il est douteux qu’il y trouveront le septième ciel!

Les dix étages, qui représentent une performance cinq fois supérieure, peuvent fort bien être nécessaires et pourraient être une évaluation plus raisonnable. Encore que la raison elle-même est bien souvent absente de ce domaine : De l’éjaculateur précoce qui expédie ses devoirs en une minute et le vigoureux conjoint qui rivalise avec les professionnels, le rapport énergétique peut être supérieur à 100 !

Une fois encore, les moyennes qui se dégagent des statistiques sont de bien piètre utilité alors qu’au cours de la consultation, notre malade est unique!



Yvon GOUEL



Saint-Paul, le 27/09/02